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Cesym on the sea
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22 décembre 2014

Transatlantique - journal de bord

Mercredi 3 décembre

Départ du Cap Vert pour Grenade aux Antilles.
2163 miles s'affichent sur notre feuille de route... Autant dire que nous avons le ventre et la gorge noués à l'idée de cette grande étape, la plus grande que nous aurons à faire, notre grand défi.
Nous avons pourtant eu l'occasion de bien parler de cette traversée et de la préparer autant qu'il est possible de préparer quelque chose d'aussi inconnu. Nous partons à 7 et avec Benjamin et Mariette nous avons pu réfléchir à ce qu'il fallait à chacun pour faciliter cette épreuve ( sommeil, horaires, organisation diverse...). Ysaline à imaginé et fabriqué un robot anti-mal de mer. Salomé nous a préparé un calendrier de l'avent, qui dans notre cas revêt un sens supplémentaire. Si tout se passe bien, nous serons arrivés avant la fin de l'avent... Nous sommes parés?

Beaucoup de bateaux sont partis aujourd'hui de Mindelo. Julia et Marie-Galante quelques heures avant nous. Sur le ponton Yaëlle, émue tout autant que nous. Nous nous promettons de nous revoir aux Antilles ou sinon plus tard, aux États-Unis, en France ou en Israël. Mais il est des rencontres magiques et des liens qui se tissent avec autant d'évidence que l'on ne veut pas les laisser nous échapper. Névé, qui part aussi aujourd'hui, est venu nous aider à larguer les amarres. Nous quittons tous ces amis à grand regret en espérant que le hasard, ou un peu d'organisation, permettront à nos routes de se croiser de nouveau. Dans quelques heures tous nos bateaux seront éparpillés dans l'immensité de l'océan atlantique. Et puis il y a eu tous vos messages que nous avons reçu et qui nous ont donné du courage.

Pour notre première journée, la mer est plutôt clémente. Une gentille houle et un faible vent.
À 17h nous avons de nouveau le plaisir de voir des dauphins nous rejoindre. Nous n'avançons pas très vite alors ils ont tout le loisir de jouer avec le bateau en sautant et se croisant sous nos yeux toujours autant émerveillés.
Au même moment, notre ligne de pêche nous signale une prise. Hier Cyril et Benjamin avaient eu droit à un cours de pêche en mer avec Michel; nous sommes ravis de voir que cela a porté ses fruits. Nous remontons une petite dorade, notre première prise! Benjamin s'empresse de la préparer et nous la mettons à mariner, en prévision du déjeuner de demain.

4/12
Depuis cette nuit, nous ne voyons plus le Cap Vert...
Fin de notre 2ème jour de navigation et le climat est très serein. Nous semblons tous avoir trouvé la paix face à cette aventure et le choix que nous avons fait.
Il y a eu des navigations avec Camille, des navigation en famille, une répétition avec Mariette et Benjamin, et nous voilà ici, aujourd'hui, avec l'océan à perte de vue. C'est comme si toutes les autres navigations prenaient sens aujourd'hui, comme si elles nous avaient toutes amenées à ce moment clé de notre existence. Elles nous ont malmenés, secoués, mis à l'épreuve, fait douter... Et pourtant nous sommes là, ensemble et en route pour le nouveau monde.
Et maintenant que nous sommes partis, je réalise que nous n'y avons jamais vraiment cru; à tout moment nous avons douté de nous, pensant faire demi-tour avant le jour J. Pour ma part il y a une excitation nouvelle qui se révèle en moi, l'envie furieuse d'arriver au bout et de regarder notre chemin la tête haute. Cyril et moi sommes faits pareil, l'estime de soi et la fierté n'ont jamais été nos alliées; alors je croise les doigts pour que rien ne vienne entacher ce sentiment légitime.


Petit détail explicatif de notre vie en navigation:
Les journées sont longues en mer et le risque est grand de se laisser à la morosité, à l'ennui et à la déprime. Nous avons donc décidé pour cette grande étape de mieux rythmer nos journées. Nous faisons école tous les matins en espérant prendre un peu d'avance pour nous offrir quelques jours de congés à Noël. Nous faisons pas mal de travail à l'oral, privilégiant la discussion et la compréhension plutôt que l'écriture qui demande tout de même beaucoup d'efforts dans ces circonstances.
Afin d'alimenter le petit commerce florissant d'Ysaline nous avons mis pour objectif que les filles feraient un bracelet par jour, en ajoutant les miens dès que possible ainsi que les scoubidous de Cyril! On va en manger des glaces aux Antilles ;-)
La pêche commence dès le matin avec pour objectif de nourrir un peu l'équipage, les produits frais étant un peu limités sur le bateau. Nous avons bien évidemment fait des courses avant notre départ mais la gestion du frais (tout petit frigo) et des fruits et légumes est un vrai casse-tête. Nous savons d'ores et déjà que les derniers jours de navigation, les repas viendront essentiellement des boîtes de conserves.
Actuellement le soleil se couche vers 18h30. L'énergie est un autre casse-tête sur le bateau. Nous avons une éoliennes et 2 panneaux solaires, ajoutés aux 2 heures de moteur que nous faisons par jour pour alimenter les batteries, mais cela ne suffit pas; du moins si l'on ne fait pas attention à sa consommation. Les appareils électriques sont donc bannis en mer, sauf notre ordinateur qui est le support de la surveillance AIS. Tout les autres appareils ont été chargés avant notre départ (appareil photo, ds) mais nous imaginons bien qu'ils ne tiendront pas 3 semaines. Le soir c'est donc à la lampe frontale que nous nous éclairons. Mais la mer étant un milieu plutôt fatigant, tout le monde est couché à 20h sans soucis. Commence alors la valse de nos quarts, 3 heures chacun, un grand luxe. Je commence de 20h à 23h en compagnie d'Ysaline qui, c'est désormais acté, s'endort dans le cockpit, puis Cyril prend la relève, suivi de Benjamin et enfin de Mariette. Nous avons fait le choix de rester sur des plages fixes afin de ne pas trop perturber nos horloges biologiques!
À Grenade, il y aura 3 heures de décalage horaire avec le Cap Vert, nous devrons donc décaler progressivement nos horloges d'ici à notre arrivée.

6/12
4ème jour de navigation, retour des avaries. Les batteries sont hs, nous sommes atterrés. Pas de batterie, cela signifie pas de pilote automatique et pas d'outils de navigation... Nous avons beau être 4 adultes à nous relayer, la perspective de barrer 24h/24 ne nous réjouit pas plus que cela...

7/12
Aujourd'hui nous avons rencontré un AMNI ( animal marin non identifié). À première vue nous avons pensé à une dorade coriphene. Il faisait plus d'1 m avec une magnifique couleur jaune et vert vifs. La forme de tête nous a fait penser à un globicephale mais les mouvements des nageoires nous orientaient plutôt vers un poisson. Il est resté avec nous une bonne partie de la matinée, faisant quelques apparitions régulières. Dans l'après-midi nous en avons vu 2 autres, dans les tons bleu fluo. Ils ont passé un bon moment à nous suivre. Nous n'avons pas su de quel animal il s'agissait (vivement internet pour nous renseigner).

Il y a 2 jours, alors qu'il y avait très peu de vent, Mariette et Benjamin avaient tenté une baignade en se laissant tirer par un bout derrière le bateau. Aujourd'hui Benjamin a voulu renouveler l'expérience. Mais à plus de 4 nœuds, cela n'a pas donné la même chose et très vite la baignade s'est transformée en manœuvre de récupération d'homme à la mer... Manœuvre réussie mais qui a coupé à tout le monde l'envie de se baigner; nous attendrons les Antilles.
À 17h, après 24h d'économie intense d'énergie et 3 tentatives ratées, nous avons enfin réussi à remettre le moteur en marche. Euphorie dans le cockpit! Nous avons donc élaboré une nouvelle organisation pour faire tourner régulièrement le moteur, en espérant ne plus avoir de souci de démarrage. Nous surveillons les niveaux de batterie comme le lait sur le feu, c'est hyper stressant.

8/12
Grand soleil, nous cuisons au milieu de l'Atlantique et au milieu du mois de décembre, étrange sentiment.
Nos copains colorés ont passé une partie de la journée avec nous.
Au milieu de l'après midi nous rencontrons nos 1ers grains: des nuages noirs et menaçants, le vent se lève et la pluie s'abat sur nous. Nous gagnons quelques nœuds et sommes un peu secoués. Nous étions prévenus et nous les attendions; c'est chose faite. Cela est assez facile à gérer en journée car nous voyons les nuages se profiler et avons le temps de préparer le bateau à cette rencontre (prendre un ris, diminuer le génois) mais cela est beaucoup plus angoissant à l'idée d'en rencontrer dans la nuit.

9/12
Nous avons fait le tiers de notre parcours...
Déjà? Seulement?
Les journées se suivent, s'étirent, se ressemblent mais en fait pas vraiment. Et il nous reste à faire au moins deux fois ce que nous avons déjà fait... Tout ce temps est stressant, oppressant. J'ai l'impression d'être au bord d'un abîme sans fond...Et pourtant une partie de moi me souffle que je ne devrais pas ressentir les choses ainsi. Nous arriverons quoiqu'il arrive, il faut juste profiter des journées qui nous séparent de notre arrivée.

Après-midi calme, presque pas de vent, nous avançons à moins de 3 nœuds...

10/12
7ème jour, 824 miles... C'est le plus loin et le plus longtemps que nous avons navigué depuis notre vie sur le bateau...

Les nuits sur l'océan ont quelque chose de magique et mystérieux. Le soleil se couche et rapidement l'obscurité nous entoure. Difficile dans ces moments de ne pas penser à l'immensité qui s'étend autour de nous, sous nous et au-dessus de nous. Avant que la lune ne se lève nous avons la chance d'observer un magnifique ciel étoilé. Vers 21h elle apparaît et offre un spectacle aussi joli qu'un coucher de soleil, orangée, étincelante au-dessus de la mer. Le ciel s'illumine et nous avons alors une excellente visibilité sur l'horizon. Nous avons chacun la chance de voir des dizaines d'étoiles filantes durant nos quarts. Nous savourons tous ce spectacle lors de nos quarts de nuit, conscients qu'il y a peu d'endroits pour profiter de cette beauté.

11/12
Le vent s'est levé, la mer est agitée. Alors que nous l'attendons depuis plus d'1 semaine, la houle semble enfin s'installer dans notre dos, faisant avancer le bateau à chaque vague. En revanche la houle de côté qui nous bouscule depuis notre départ est toujours là, restes de dépressions au nord. Nous sommes donc un peu malmenés aujourd'hui. Mon océanographe de mari est un peu dépité devant les aléas des alizés, que tout le monde s'accorde généralement à dire très prévisibles!

L'après midi, après la sieste, Benjamin fait la lecture aux filles. Il avait glissé dans ses bagages 2 livres de son enfance d'Astrid Lindberg. Chapitre après chapitre, les filles de laissent entraîner dans les aventures de ces nouveaux héros. Et progressivement, la séance destinée aux filles est devenue notre temps de lecture à tous. Mariette, Cyril et moi écoutons tout autant qu'elles ces récits. Nous replongeons certainement dans nos souvenirs d'enfants, ce temps béni de la lecture du soir...

12/12
13h30, nous sommes à la moitié de notre parcours. Difficile de penser à toute cette étendue d'océan autour de nous sans appréhension. Il reste tant à faire...
Mais il paraît que la 2ème partie est toujours plus facile, alors pour fêter l'événement ce soir, gâteau au chocolat! Cela fera le plus grand bien au moral des troupes. Il semble en effet que nous ayons été un peu légers sur notre avitaillement. Nous avons fait très attention à l'eau qui sera heureusement en quantité suffisante. Mais pour la nourriture nous nous sommes laissés influencer par nos navigations précédentes au cours desquelles nous n'avions ni faim, ni envie de manger... Mais cette fois-ci, tout le monde est en forme et après 9 jours de navigation, l'appétit est bon. Nous sommes donc passés en mode de restriction... Et cela risque d'être plus difficiles pour certains que pour d'autres. Les sportifs que sont Mariette et Benjamin semblent un peu en manque.

Le vent s'est calmé, nous avançons lentement (mais sûrement). Rien péché depuis nos 2 premières dorades et nous avons déjà cassé 2 lignes...

Les enfants sont en pleine forme et ne souffrent pas du tout de cette longue période en mer. Ils ont vraiment une capacité d'adaptation impressionnante. Salomé qui pourtant redoutait vraiment la transat n'a pas émis le moindre doute depuis notre départ. Les filles s'occupent à longueur de journée et ne manifestent pas d'ennui. Mayeul est de plus en plus à l'aise en mer; il n'a désormais plus aucune crainte à se mettre debout malgré les vagues et se déplace sans soucis en assurant ses mouvements. Attaché à la ligne de vie, il ose même se déplacer le long du pont du bateau.
Aujourd'hui Salomé et Ysaline jouaient avec l'arche de Noé de Mayeul et nous avons pu constater le changement de leur vocabulaire. Alors qu'avant il était plutôt question de l'histoire biblique de Noé, désormais elles parlent cap, navigation, marina, voiles, vent... Notre voyage fait partie intégrante de leur vie maintenant.
Je suis en tous les cas réellement impressionnée de cette confiance que nos enfants nous ont accordé et de l'évidence avec laquelle ils prennent les choses...

13/12
Pas de vent depuis cette nuit, nous avançons péniblement à 3 nœuds...
Ni l'envie, ni le courage d'écrire.
              "Mais que diable allait-il faire dans cette galère?"

16/12
Nous avons entamé cette nuit le dernier tiers de notre traversée. Et depuis cette nuit le vent est enfin peu plus vigoureux. Aurions-nous enfin trouvé les alizés tant espérés? Un petit message satellite à Hellène, une collègue de Cyril, nous permet de savoir qu'il devrait en être ainsi pour au moins les 2 prochaines journées. Nos esprits commencent donc à penser à l'arrivée, notre terre promise qui au fil des jours s'approche malgré tout.

Cela fait maintenant 2 semaines que nous sommes en mer. Les jours s'enchaînent, se mélangent, se confondent. Une certaine routine s'est installée dans le déroulement de nos journée mais elle est plutôt rassurante, elle balise notre vie déjà bien assez incertaine en ce moment. Si la météo, l'allure, la pêche sont totalement imprévisibles, le reste est plutôt bien rodé.
Le diapason rouge est notre livre de compagnie pour de petites séances de chant bien sympathiques. Je commence même à réussir à enchaîner quelques accords au ukulélé (l'un de mes nombreux challenges de cette année!).

Depuis plus de 4 jours la surface de l'océan est parsemé de grandes algues. Comment sont-elles arrivées là? D'où viennent-elles? Toujours est-il que nous ne pouvons pas pêcher. La dernière prise, un thon, est partie avec hameçon et appât. Trois lignes cassées depuis le départ, nous craignons que les algues nous emportent la dernière que nous avons...

En mer l'eau est un éternel problème (un comble au milieu de tout ce bleu). S'il est difficile de s'en rendre compte lorsque l'on a accès à sa douche quotidienne, la propreté joue réellement sur le bien-être et le moral. Nous avons chaud, une chaleur moite qui nous colle à la peau. Mayeul, Ysaline et moi sommes pleins de boutons de chaleur. En bref nous attendons tous avec impatience notre prochaine vraie douche à terre. Et en 2ème position, un bon resto après toutes ces pâtes!!

17/12
Dernier quart de notre traversée. Et comme pour se rire de nous, le vent s'est considérablement calmé aujourd'hui.
Tant d'émotions se succèdent avec ces changements d'allure. À 500 miles du but nous commencions à envisager un jour d'arrivée et à nous en réjouir. L'impatience émerge en chacun de nous après ces 2 semaines en mer. Nous sommes épuisés, las, sales et nous avons hâte désormais de retrouver la terre ferme et sa sécurité.

Il est intéressant de voir comment les sentiments se gèrent pendant la traversée. Jusqu'à la moitié du voyage quasiment l'arrivée n'est pas évoquée, telle un sujet tabou. En ce qui me concerne j'ai totalement verrouillé mon esprit à toutes ces pensées, sources de beaucoup trop de stress et d'incertitude lorsque l'on sait qu'il faudra tenir 20 jours environ. Et puis progressivement les barrières se défont et l'on pense avec envie à l'après, touchant du doigt ce que l'on n'osait imaginer. La terre promise, inaccessible jusqu'alors devient presque réelle...
Malgré tout, la navigation a ses règles et ses lois. Et après 3 mois en mer, je n'y suis toujours pas faite. En mer nous ne maîtrisons rien, nous sommes soumis aux conditions météo, à l'état de la mer, aux aléas de la pêche, à l'autonomie du bateau, des batteries et nous devons composer avec tout cela. Le temps de voyage, la date d'arrivée n'ont rien de sûrs, il se redéfinissent à chaque nouvel élément intervenant. Dans nos vies de citadins occidentaux, peut-être avons nous perdu cette idée que nous ne pouvons pas tout maîtriser. C'est en tout cas ce que je perçois de nous dans notre vie d'avant. À aucun moment dans notre quotidien nous ne nous sommes sentis mis à mal par la météo et les éléments naturels. À aucun moment nous n'avons ressenti le manque ou la difficulté d'accès à des ressources élémentaires... Nouvelle prise de conscience au cours de ce voyage riche en apprentissages.
            Ta quête continue jeune Padawan!

18/12
Nous avons reçu aujourd'hui un message de Marie-Galante sur notre iridium. Toujours en route, ils sont à environ 100-150 miles derrière nous. Malheureusement trop loin pour permettre une petite discussion par vhf... Mais ce simple message à suffit à égayer notre journée, il ne faut pas grand chose en fait!

19/12
Il fait chaud, très chaud. Nous sommes sur la même longitude que la Guyane et cette chaleur nous donne un avant-goût du climat des Antilles!
Nous sommes désormais à 300 miles de l'arrivée et à l'approche des côtés, la vie reprend un peu autour de nous. Nous venons de croiser 2 paquebots alors que nous n'avons pas vu âme qui vive durant 15 jours. Hier, quelques dauphins nous ont ont fait une brève visite.

20/12
Cela fait 2 jours que le vent nous pousse à toute allure sur l'océan. Nous apprécions tous ce regain de vitesse, néanmoins nous sommes heureux de n'avoir pas été secoués ainsi durant tout le voyage. Il faut avouer que les conditions ont été assez agréables, nous permettant de nous occuper sans risquer d'être envoyé à tout moment à l'autre bout du bateau. Nous avons pu cuisiner, jouer, travailler, discuter, chanter...
Le chemin est loin depuis nos premières nav´ où nous ne pouvions rien entreprendre, le cœur au bord des lèvres et la peur au ventre. L'angoisse des premières nuits en mer n'est plus qu'un lointain souvenir. Même nos quarts de nuit sont très différents: dans le Golf de Gascogne nous étions emmitouflés sous plusieurs couches de vêtements, blottis dans un coin du cockpit. Désormais nous sommes en vêtements d'été, allongés confortablement au milieu du cockpit à admirer les étoiles. Heureusement que les choses se sont passées dans ce sens finalement!

Sur l'océan, le bateau devient un petit état indépendant avec ses règles et son propre mode de fonctionnement. Le temps est un élément qui a revêtu un tout autre aspect pour nous. En navigant vers l'ouest nous avons pu observer le décalage du lever du soleil, de la lune, le changement de position des constellations. La lune qui se levait lors de mon quart se lève désormais en fin de nuit. Il y 3 heures de décalage entre le Cap Vert et Grenade et nous savions qu'il nous faudrait décaler lentement nos horloges. Mais après réflexion, il nous semblait plus judicieux de laisser le soleil se coucher plus tard afin de bénéficier d'un peu plus de lumière le soir. Et à certains moments nous avons décalé nos montres d'1/2heure. Aujourd'hui, ayant fini le dîner à l'heure à laquelle je devais prendre mon quart, nous avons décidé de nous octroyer 30 minutes supplémentaires. Une journée de 24h30! Nous avons tous pensé à ce moment au caractère insolite de cette liberté et de ce que cela signifierait dans notre vie de tous les jours si nous pouvions nous octroyer le temps dont nous avons besoin!!

21/12
C'est le dernier jour de notre voyage. Nous devrions arriver ce soir à Grenade. Nos yeux commencent à scruter l'horizon avec envie, c'est à qui verra la terre en premier!
Je ne parviens toujours pas à croire que nous touchions au but. Peut-être y croirai-je réellement lorsque le bateau sera amarré et que nos pieds toucheront le ponton...
Quoiqu'il en soit une drôle d'ambiance règne sur Cesym aujourd'hui. Chacun semble un peu perdu dans ses pensées. Peut-être prenons nous tout doucement conscience de ce que notre arrivée signifie...

Nous avons aperçu les côtes de Grenade à 13h55, une image floue dans l'horizon brumeux. Puis progressivement les contours sont apparus, puis les villages disséminés dans le paysage, les reliefs, les couleurs de la végétation...
Nous sommes tous un peu étonnés de ne pas sauter de joie, comme si ce que nous voyons n'était pas vraiment réel.

22/12
Nous avons amarré notre bateau au port de Grenade hier à 19 heures. Une arrivée de nuit toujours aussi magique. Un accueil très chaleureux du marinero. Une bonne douche, probablement la douche la plus appréciée de toute notre existence.
Beaucoup d'émotion à notre arrivée, un sentiment très étrange au fond de nous, celui d'avoir réalisé quelques chose d'exceptionnel...

nous avons hâte desormais de découvrir tous les trésors de Grenade!

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Commentaires
K
Quelle progression en effet depuis le début, c'est toujours un plaisir de te lire, récit passionnant, émouvant ! nous avons beaucoup pensé à vous ! et oui le voyage ouvre les coeurs et les esprits ! quant aux enfants ce sont les meilleurs à ce petit jeu là !<br /> <br /> bravo à tous
S
Félicitations! On ne se connait pas mais je suis aussi votre blog régulièrement. Nous venons pour notre part de faire seulement 4 nuits et 3 jours avec les enfants pour aller de Curaçao en Jamaïque, et je mesure pleinement votre exploit! Pas trop dur pour Mayeul? Notre petit Baptiste de 2 ans 1/2 n'en pouvait plus de ne pas courir, sauter etc... En espérant pouvoir rencontrer dans les Antilles!<br /> <br /> Anne (sur YSUN)
S
Félicitations! On ne se connait pas mais je suis aussi votre blog régulièrement. Nous venons pour notre part de faire seulement 4 nuits et 3 jours avec les enfants pour aller de Curaçao en Jamaïque, et je mesure pleinement votre exploit! Pas trop dur pour Mayeul? Notre petit Baptiste de 2 ans 1/2 n'en pouvait plus de ne pas courir, sauter etc... En espérant pouvoir rencontrer dans les Antilles!<br /> <br /> Anne (sur YSUN)
L
Félicitations et respect<br /> <br /> Bonnes fêtes de fin d'annee aux Antilles<br /> <br /> Bisous
E
Bravo!! :) Merci pour ton récit! Je te lis depuis un bon moment maintenant, et c'est toujours avec un peu d'appréhension que j"ouvre la page... Et souvent je la referme avec beaucoup d'émotion. Je suis contente de vous savoir arrivés, de vous voir sereins aussi.<br /> <br /> <br /> <br /> Bonnes fêtes de fin d'année, <br /> <br /> <br /> <br /> Elise (maman de Corentin et Agathe...)
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